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2ème session de Formation de l'UNOP à ses adhérents qui s'est déroulée  à Constantine du samedi 22 au mardi 24 avril 2017"Formation aux transferts de méthodes analytiques", encadrée par le Pr Hakim BOUDIS

Industrie nationale du médicament À la recherche de l’équilibre des termes de l’échange

 Le développement de l’industrie nationale du médicament est un thème qui revient régulièrement dans le débat économique. A la base, ce qui rend crédible ce débat, ce sont d’abord les progrès incontestables enregistrés dans ce domaine par les entreprises locales qui couvrent aujourd’hui près de 50% des besoins nationaux.

Cela a poussé certains responsables politiques à mettre en avant une vague promesse de parvenir à la couverture de 70% des besoins du pays, ce qui, pour le coup, serait une grosse performance dans un secteur de haute technologie comme celui de l’industrie pharmaceutique.

Les professionnels au sein de l’UNOP  considèrent cet objectif comme réalisable avec, toutefois, une nuance de taille. A leurs yeux, les autorités ne devraient pas se contenter de déclarations, mais s’attacher à la mise en place d’un programme de travail ou même, à défaut, d’une simple feuille de route qui en éclairerait la faisabilité, comme, par exemple : un début de calendrier ; une analyse épidémiologique sérieuse de notre consommation ; une estimation des besoins pour les dix prochaines années ; une ébauche de programme de formation ; une liste de produits-clé à cibler ; de classes thérapeutiques majeures à privilégier ; une politique des prix claire ; l’amélioration de la qualité ; l’appui à l’innovation, à l’export, etc.

Si notre pays souhaite réellement aménager un espace pour le développement futur de son industrie pharmaceutique, il devrait s’attacher, de toute urgence, à surmonter les insuffisances de son propre dispositif réglementaire et commencer à s’interroger sur la nature de ses rapports avec les Big Pharma.

I. Le poids des grands laboratoires pharmaceutiques, un sujet de préoccupation pour l’Algérie

Leur puissance, les Big Pharma la tiennent, depuis plusieurs décades, de leur capacité à mobiliser des ressources gigantesques pour financer la recherche, pour mettre au point de nouveaux traitements et, en s’appuyant sur une organisation fortement intégrée, les commercialiser à l’échelle mondiale.

Quelques chiffres-clés permettent de prendre la mesure de la situation. Ainsi, selon les données disponibles, sur un marché mondial estimé en 2015 à quelque 913 milliards de dollars US, les dix premières sociétés pharmaceutiques en contrôlent 36%, soit l’équivalent de 325 Mds d’USD. Les dépenses de recherche et développement, extrêmement élevées et en croissance rapide, se chiffraient en 2014 à quelque 135 milliards d’USD pour les 131 plus importants laboratoires pharmaceutiques mondiaux, soit un bond de 50% en moins de six années (chiffres de Global Data Health).

Les quelques éléments développés ici au sujet de cette puissance des Big Pharma sont un sujet de préoccupation pour l’ensemble des pays du monde, y compris les plus développés. Un pays en développement comme l’Algérie ne peut, a fortiori, l’ignorer, en particulier quand, d’une part, il souhaite développer sa propre industrie du médicament et que, d’autre part, il souhaite négocier des prix bas pour maintenir un accès élargi aux soins en faveur de ses citoyens et maîtriser ainsi la facture de ses importations.

 
L’enjeu est partout le même, il s’agit d’aboutir à un équilibre des intérêts en mettant dans la balance l’attractivité de son marché interne, du point de vue aussi bien de l’accessibilité des traitements innovants pour la population que du système de remboursement ou, le cas échéant, des exigences de développement de l’industrie pharmaceutique locale. La contrepartie majeure à concéder, en l’occurrence, c’est celle d’un accès au marché qui soit certes régulé et négocié mais surtout stable et prévisible.

 
II. Négociations avec les compagnies multinationales :

 
le rattrapage historique des vingt dernières années
La nature de la relation à tisser avec les grandes sociétés détentrices des brevets est au cœur de toute politique de santé publique. Cette relation est partout malaisée, elle se pose dans tous les pays du monde, les plus démunis comme les plus puissants, et chacun d’entre eux, à sa manière, tente d’y trouver la solution la plus avantageuse pour la santé de ses citoyens et la moins onéreuse pour ses finances.
Il n’y a pas de solution idéale. L’Algérie a, pour sa part, commencé par ignorer le problème jusqu’aux années 1990.

 
Les laboratoires pharmaceutiques y étaient d’autant plus à leur aise que les achats se faisaient essentiellement par le biais d’appels d’offres et que le monopole public chargé de les négocier, démuni de tout outil sérieux d’appréhension ou d’analyse, était dans un rapport de force qui leur était totalement défavorable. Le seul facteur déterminant dans cette négociation asymétrique était celle de l’enveloppe annuelle que l’Etat algérien était prêt à débourser.

 
Le réveil fut long et laborieux, il s’est fait en deux temps. Une première fois avec l’irruption des investisseurs privés, au cours des années 1990. En l’espace de quelques années, une véritable capacité de production s’est mise en place. En aidant à décomposer le prix d’un médicament, les Algériens commençaient à mieux saisir des enjeux jusque-là abstraits, tels ceux liés aux brevets pharmaceutiques ou au redoutable effet des politiques commerciales menées par les laboratoires étrangers et, ce faisant, ils ouvraient les yeux sur le pouvoir d’accès au marché qui était entre leurs mains.

 
Dans un second temps, les autorités ont compris qu’un des moyens de diminuer cette importation galopante était d’interdire l’importation des produits fabriqués localement. Cette décision, prise en 2008, a contribué à favoriser largement le transfert à la production locale de nombreux médicaments jusque-là importés.

 
Elle a ainsi généré une croissance à deux chiffres, tout en suscitant un engouement exceptionnel des investisseurs nationaux et l’installation de quelques laboratoires étrangers qui ont investi ou transféré leurs produits à la fabrication, faisant profiter les entreprises locales de leurs savoir-faire et de l’expertise indispensable au respect des normes de qualité.

 
Force est de constater que d’une certaine façon, après avoir ouvert les yeux sur la réalité d’un marché pharmaceutique devenu pour elle moins hermétique, la Direction de la pharmacie est parvenue à opérer sur les vingt dernières années un rattrapage historique dans la qualité de sa relation avec les grands laboratoires pharmaceutiques. Mais aujourd’hui, cette phase de réveil a largement délivré ses résultats et ce mouvement favorable qui a vu la récupération d’un pouvoir économique de négociation s’essouffle et arrive à son terme.

 
Le grand défi, aujourd’hui, reste celui de l’accès aux traitements innovants, vital pour les patients, mais très coûteux.
Si elle veut préserver au mieux ses intérêts et continuer à progresser, l’Algérie a besoin d’aborder une étape nouvelle dans sa relation avec les grandes compagnies pharmaceutiques. Pour faire face de manière ordonnée à ses contraintes tant budgétaires que sanitaires, elle a besoin d’arbitrages clairs et assumés qui donnent de la visibilité à sa politique pharmaceutique et qui lui permettent de négocier des compromis prenant en compte ses propres intérêts comme ceux de ses partenaires de l’industrie pharmaceutique mondiale. Dans la réalité, le seul effort attendu d’elle dans cette négociation, c’est celui de la stabilité et de la prévisibilité.

 
III. Besoin d’un nouveau compromis plus transparent et plus prévisible avec les compagnies pharmaceutiques mondiales

 
Il est facile d’observer que, jusqu’en 2015, la réponse à la demande sociale de traitements efficaces a consisté à laisser se développer les importations de médicaments. Encore faut-il noter que cette augmentation des importations a été largement atténuée par la forte croissance enregistrée par la production locale de médicaments.

 
A partir de l’année 2015, la crise économique qui frappe le pays signe la fin de cette gestion insouciante et met au jour la nécessité d’une négociation des prix à l’importation du médicament avec les fournisseurs traditionnels. Sauf que, l’administration sanitaire n’y étant pas préparée opte pour une méthode sommaire, brutale et contestable dans la forme. Non seulement les résultats auxquels elle aboutit sont limités à telle enseigne que l’administration s’est sentie obligée de recourir à la limitation quantitative des importations.

 
Alors même qu’en vérité c’est précisément en partageant avec les sociétés partenaires des objectifs communs sur la place qu’ils pourront tenir sur notre marché au cours des dix ou quinze prochaines années que les autorités algériennes pourront les amener à des concessions significatives, que ce soit au plan des prix d’entrée de leurs produits, mais également en termes de transfert de produits innovants à la fabrication locale, d’apports en formation, en appui à la recherche-développement ou même d’investissements directs.

 
L’autre facette importante de cette négociation, c’est aussi l’introduction de plus de transparence et de prévisibilité en matière d’enregistrement des nouvelles molécules, que ce soit du reste pour les autoriser ou pour les refuser.
Ce qui signifie aussi que l’autorité en charge du remboursement doit afficher plus clairement et de façon visible le système d’évaluation des produits qui doit s’adosser à un collège d’experts algériens, en mesure de se prononcer sur le service médical rendu de chaque nouvelle molécule, en tenant compte des aspects épidémiologiques spécifiques, des contraintes économiques et de nos propres objectifs de santé publique .

 
Il y a ensuite les délais d’enregistrement aujourd’hui parmi les plus longs au monde. Les données disponibles à ce sujet (IMS Health) sont révélatrices d’un état des lieux tout à fait inquiétant puisque ce délai moyen d’enregistrement d’une nouvelle molécule innovante est, dans le cas de l’Algérie, de 11,4 années après sa première mise sur le marché. L’Algérie est ainsi en queue de peloton, loin derrière des pays comme l’Egypte et la Turquie par exemple. Bien entendu, les premiers pénalisés par une telle situation sont incontestablement les patients algériens.

 
Le système d’enregistrement du médicament est, partout à travers le monde, la véritable ossature autour de laquelle se décline toute politique pharmaceutique, qui préserve les intérêts des patients en leur garantissant un accès à des soins de qualité, ceux du Trésor public dont il rentabilise et valorise l’effort budgétaire, ceux des producteurs auxquels il ouvre des perspectives de développement et de croissance. Dans notre pays, cet outil n’a jamais fonctionné normalement à l’importation. Il a été maintenu dans un état végétatif délivrant les décisions d’enregistrement d’une manière aléatoire et imprévisible.

 
Il est temps de reprendre en main sa gestion et de lui injecter les ressources nécessaires à la mesure des ambitions légitimes de modernisation de notre réglementation et de développement de notre industrie. Les laboratoires internationaux qui acceptent de s’y inscrire bénéficieraient, en contrepartie, d’un accès au marché prévisible, stable et garanti.  

 
En conclusion, il est temps de dépasser l’impasse actuelle et de comprendre qu’une gestion froide, réfléchie et plus adaptée de la politique pharmaceutique nationale et, au-delà, de la santé publique des citoyens, est inséparable d’une relation plus équilibrée à trouver avec les grandes compagnies pharmaceutiques mondiales. Une négociation intelligente avec elles consisterait à équilibrer le rapport de force en laissant entrevoir un horizon prospère pour elles en Algérie.

 
Nous ne pouvons pas espérer accéder à leurs produits innovants à des prix raisonnables en continuant de manière désordonnée à faire pression pour baisser leurs prix, interdire l’importation de certains de leurs produits et ne donner aucune visibilité sur l’enregistrement de leurs nouveaux produits. Un premier pas dans la bonne direction consisterait, à titre d’exemple, à privilégier les partenaires ayant déjà investi sur le territoire algérien ou ayant transféré leurs produits à la fabrication locale, en accélérant l’enregistrement de leurs produits.

 
Comme dans toute négociation, l’élément primordial est de comprendre que le meilleur compromis est celui qui préserve les intérêts bien compris des deux parties.

 
Abdelouahed kerrar

 

 

 

 

 

 

 

Mot du Président

En raison de son caractère hautement sensible, le secteur du médicament a toujours fait l’objet d’une attention particulière des plus hautes autorités politiques et économiques du pays.

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