HomeMédiasA Constantine, un centre soigne les "accros" d'internet

2ème session de Formation de l'UNOP à ses adhérents qui s'est déroulée  à Constantine du samedi 22 au mardi 24 avril 2017"Formation aux transferts de méthodes analytiques", encadrée par le Pr Hakim BOUDIS

A Constantine, un centre soigne les "accros" d'internet

"Internet, c'est une toile qui vous engloutit quand vous n'êtes pas vigilant,"

raconte Fayçal, la voix nouée, en se remémorant "son addiction et sa descente

aux enfers".

 

Ce radiologue dont le prénom a été changé est en thérapie pour se

désintoxiquer d'internet au Cisa (Centre intermédiaire de soins en addictologie)

de Constantine.

Ce centre est le premier du genre en Afrique et troisième dans le monde après

la Corée du sud et la Chine (dans le secteur public), précise son directeur Raouf

Boughefa.

Ouvert en 2012 pour traiter les addictions à la drogue, l'alcool et le tabac, il

accueille depuis l'an dernier des patients de 13 à 63 ans accros à internet,

Facebook, Instagram ou Twitter.

Les personnes conscientes de leur addiction y ont droit à une thérapie de

soutien moral, avec des exercices de relaxation à effectuer quand le manque se

fait sentir.

Le déni est traité par la thérapie cognitive et comportementale. Le patient,

après une série de tests, raconte ses journées au praticien qui l'aide à "prendre

conscience de son addiction puis à changer de comportement", explique Sihem

Hemadna, psychologue.

Au départ, deux séances de 45 minutes par semaine sont nécessaires, plus une

séance de thérapie de groupe de plus d'une heure qui se déroule dans "la salle

bleue" en présence de l'équipe soignante.

Le reste du temps, le patient peut prendre part à un atelier de dessin, une

séance d'ergothérapie ou se rendre à la bibliothèque du centre pour reprendre

goût à la lecture. Les portes du Cisa, dont plusieurs murs sont couverts de

dessins de patients, sont ouvertes cinq jours par semaine.

Il faut six à huit mois, voire une année, pour reprendre entièrement sa vie en

main.

Une drogue

C'est ce difficile processus que suit Fayçal, dont la vie familiale a été ruinée par

cette "drogue des temps modernes".

Marié et père de deux enfants, cet homme de 48 ans a commencé, sans s'en

rendre compte, à se retirer de la vie familiale. "Au début, je cachais à ma

femme que j'allais au cybercafé de 16h à 20h, puis en rentrant à la maison, je

m'enfermais dans la chambre face à l'écran jusqu'à 5h du matin", se souvient-il.

"J'avais des migraines terribles à cause de l'écran et mon acuité visuelle a

diminué", relate Fayçal avec amertume, en ajoutant qu'il manquait d'appétit,

n'avait plus de vie sociale et ne pouvait plus travailler.

"C'était une drogue. Je ne pouvais pas décrocher tout seul."

Un jour, au lieu de récupérer à la pharmacie les médicaments de sa mère

malade, il va passer quatre heures au cybercafé. Auparavant, il avait oublié

d'aller chercher sa fille. "Ma femme a décidé de divorcer. Je devais choisir: ma

famille ou internet."

Après ce déclic, Fayçal entame une thérapie fin 2016 et rencontre d'autres

personnes dans son cas. "Nous avons échangé nos expériences. C'est une

bouée de sauvetage", admet-il, soulignant la nécessité d'être aidé par des

professionnels pour décrocher.

Aujourd'hui, Fayçal ne se connecte plus que cinq heures par jour et ne va plus

au cybercafé. Sa situation personnelle et professionnelle s'est améliorée mais il

se retrouve sous traitement pour une migraine chronique.

Irritabilité

Après la mort de son mari, Myriam, 42 ans, a fait une dépression. Internet est

devenu son seul passe-temps. Encouragée par sa famille, elle s'est rendue au

Cisa. "Maintenant, elle espace ses connexions et dort plus tôt", se réjouit sa

psychologue.

En cas d'impossibilité de se connecter, la personne est en manque et présente

des signes d'irritabilité, relèvent des praticiens du Cisa.

En dehors du travail, plus de 38 heures de connexion par semaine est synonyme

d'addiction. "Près de 80% des signes d'addiction à internet et à la drogue sont

similaires", note Mme Hemadna.

Les praticiens du Cisa regrettent l'absence d'études épidémiologiques sur cette

addiction, qui n'est pas encore considérée comme maladie par l'Organisation

mondiale de la santé.

Pour eux, la sensibilisation et la prévention sont les maîtres mots dans la lutte

contre ce fléau. Mais la tâche s'avère particulièrement difficile dans un pays où

les loisirs sont peu nombreux --voire inexistants dans certaines régions--,

particulièrement pour les filles.

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